DAR CHERIFA en trois temps

e temps de la découverte……………
A deux pas de la mosquée et de la place de la fontaine Mouassine,le promeneur s'engage dans un derb où jouent des enfants, puis tourne dans des venelles ombreuses. Tout au fond de l'une d'elles, il franchitun lourd portail de bois et découvre Dar Cherifa, perle rose inséréedans ce quartier grouillant de vie.
Eblouissement du contraste entre l'ombre et la lumière, le bruit et le silence. Oubliés les charrettes, les motocyclettes, les appels des marchands, les couleurs des étoffes flottant aux étals.
Au seuil de ce lieu hors du temps, hors de notre temps, on reste interdit. Superbement restauré par Abdellatif Ait Ben Abdallah qui le découvriten ruines il y a quelques années et le sauva de l'abandon, Dar Cherifaa retrouvé sa splendeur d'antan.
Autour de la cour carrée, les fûts des colonnes ornées de stucs délicats s'élancent vers le ciel. Les poutres de bois sombres font chanter la clarté de ce lieu de méditation et d'élévation. On se plaît à imaginer ici de sages soufis devisant le soir, ou des cercles de musiciens et de chanteurs.
Alors on s'assoit doucement sur un des coussins, au bord du bassin où flottent des pétales de roses fraîches et parfumées, et on attend, dans la lumière pâle et la paix retrouvée, que le charme nous enveloppe.
Le temps du poème…………..
Que ce lieu ait été dévolu à la célébration des arts par Abdellatif est toutà l'honneur de cet amoureux de l'architecture et des traditions de sa ville.
Car ici, le poème s'élève, souverain, et résonne dans le recueillement des coeurs au son du luth. C'est en effet tout naturellement que l'Institut français de Marrakech a choisi d'organiser ici certaines de ses manifestations culturelles, notamment les désormais incontournables « Rencontres internationales de poésie de Marrakech » qui se sont tenues pour la troisième année ce printemps.
Les plus grands ont délivré là leurs mots et leurs chants : Lorand Gaspar, Mohamed Bennis, Nissabouri, Bernard Noël, Saadi Youssef, Qassim Haddad et tant d'autres. Moments inoubliables de communion populaire entre des hommes et des femmes de langues et de cultures diverses.
Sous les arcades et dans les salons dépouillés adjacents, les peintres posent aussi leurs toiles, telles des papillons joyeux.
Et, certains soirs, s'élèvent dans la nuit la musique du Malhoun, ou s'exaspèrent parfois les guenbri et les crotales des gnaouas en transes.
Le temps personnel………………
C'est il y a quatre ans que pour ma part j'ai découvert Dar Cherifa qui m'apparut instantanément comme un lieu talismanique. Et ce n'est sans doute pas un hasard si j'ai choisi de me poser à quelques pas de là, dans un petit riad habité par les oiseaux.
La proximité de Dar Cherifa agit comme un aimant ; aller y prendre un thé, bavarder avec un artiste, feuilleter un livre, est un plaisir sans mélange.
Lieu d'exception, on le choisit aussi pour faire des fêtes…exceptionnelles, fêtes qui marquent une vie. Ce sont alors des moments suspendus dans la mémoire, repères d'amitié, traces d'accomplissement.
Merci, cher Abdellatif, pour ton intelligence généreuse qui a fait de Dar Cherifa un des hauts lieux culturels de la ville ocre, lieu de rencontres artistiques ouvert à tous.
Souné PROLONGEAU-WADE
Directrice de l'Institut français de Marrakech